
Berlin est l'une des rares grandes villes d'Europe dont l'hiver n'est pas une version dégradée de l'été. Ce n'est pas une question de courage : c'est la nature de ce qui s'y visite.
Les activités berlinoises sont en intérieur, en souterrain, ou assument de se faire dans le froid. Il en résulte un calendrier d'hiver presque complet, là où Barcelone ou Rome perdent une partie de leur offre entre décembre et février. Dans le même mouvement, c'est la période où la ville est au plus bas prix et où les groupes sont au plus petit : la même visite, avec le même guide, devant huit personnes au lieu de trente.
C'est à peu près la seule catégorie réellement saisonnière. Les bateaux réduisent fortement la voilure en hiver, et les départs qui subsistent sont rares. Si une croisière fait partie de ce que vous voulez faire à Berlin, c'est la seule chose qui doit être vérifiée avant de choisir vos dates plutôt qu'après.
Berlin est la capitale européenne où le sujet des visites est le passé récent plutôt que le patrimoine ancien. Le Mur, les sites du IIIe Reich, le Berlin de la guerre froide, les archives de la Stasi : c'est l'ossature de ce qui se réserve, et cela ne dépend d'aucune saison. C'est aussi ce qui rend un guide plus utile ici qu'ailleurs.
C'est la particularité de la ville, et le meilleur critère pour décider où mettre son argent. Le Mur, la Topographie de la Terreur, le quartier gouvernemental, le Berlin de la guerre froide sont largement faits d'absences et de marques au sol : sans quelqu'un pour les expliquer, il n'y a presque rien à voir — une ligne de pavés, un terrain vague, une plaque. Un guide n'y est pas un confort, il est la visite elle-même. Pour les musées, c'est exactement l'inverse : l'objet est là, il parle de lui-même, et une entrée simple suffit très bien.
Berlin est plus grande qu'elle n'en a l'air sur une carte, et ses quartiers intéressants ne se touchent pas. Un week-end honnête, c'est deux quartiers. Une marche de trois heures dans Mitte couvre le Reichstag, la porte de Brandebourg et le Mémorial ; la deuxième journée se passe généralement à Kreuzberg, ou en excursion à Potsdam ou à Sachsenhausen. Vouloir ajouter Prenzlauer Berg et Charlottenburg au même week-end produit quatre quartiers traversés et aucun visité.
Deux choses, et elles suffisent. La première est de se couvrir sérieusement : une visite extérieure de deux à trois heures à Berlin en janvier se fait souvent sans un seul abri sur le parcours, et c'est le froid qui écourte les visites, jamais l'intérêt. La seconde est la lumière : les journées sont courtes, la nuit tombe tôt, et un créneau de milieu de journée vaut mieux qu'un créneau de fin d'après-midi pour tout ce qui se regarde dehors. Les visites du soir, elles, ne perdent rien — elles étaient déjà prévues pour l'obscurité.