
« Coupe-file » est le mot le plus vendeur du secteur, et l'un des plus mal compris. Il désigne quelque chose de précis, qui vaut souvent son supplément — mais pas partout, et pas toute l'année.
Devant un grand site, il n'y a presque jamais une file mais trois, et elles n'ont rien à voir entre elles. La première est celle de la billetterie, où l'on achète. La deuxième est celle du contrôle de sécurité, obligatoire et proportionnelle au nombre de visiteurs présents. La troisième est intérieure : celle qui se forme devant l'œuvre ou la salle que tout le monde vient voir. Un billet coupe-file agit sur la première. Il ne touche presque jamais à la deuxième, et jamais à la troisième.
Il achète la certitude d'entrer, à une heure connue, sans avoir à arbitrer sur place entre attendre quarante minutes et renoncer. Formulé ainsi, c'est moins spectaculaire qu'une promesse de file supprimée — et c'est beaucoup plus utile, en particulier sur un séjour court, où une matinée passée dans une file est une demi-journée de voyage en moins. Sur les sites les plus fréquentés, aux périodes où ils le sont, le supplément se rembourse en une seule fois.
La confusion coûte cher. Une entrée à heure fixe vous attribue un créneau : vous entrez à cette heure-là, ni avant ni après, et vous avez une place garantie dans le bâtiment. Un billet coupe-file vous dispense de la file d'achat, ce qui suppose qu'il en existait une. Beaucoup de sites majeurs fonctionnent aujourd'hui uniquement à l'heure fixe, et y ajouter la mention coupe-file ne change rien : le billet daté était déjà le laissez-passer. Lire ce que la fiche décrit, plutôt que le mot qu'elle emploie, est ce qui permet de distinguer les deux.
Hors saison, en fin de journée, ou sur un site qui n'a jamais de file, le supplément achète une tranquillité dont vous n'aviez pas besoin. La règle empirique tient en une phrase : plus le site figure haut dans les listes de la ville, plus le coupe-file se justifie ; plus il est spécialisé, moins il apporte. Un musée de quartier un mardi de novembre n'a pas de file à couper.
Elles figurent toutes sur une fiche correctement rédigée, et leur absence est en soi une information sur le sérieux de l'annonce.
Aucun billet ne fait autant qu'un bon horaire. La première heure d'ouverture et les deux dernières avant la fermeture sont, dans presque tous les grands sites d'Europe, les moments où l'on voit le plus de choses en marchant le moins. Un coupe-file à 14 heures un samedi d'août vous fait entrer plus vite dans une salle pleine. Un billet ordinaire à l'ouverture vous donne le bâtiment presque vide. S'il faut choisir entre payer le supplément et se lever tôt, levez-vous tôt.